ENTREPRISE

On ne s’embrasse plus ?

Parmi les changements de comportement du fameux « monde d’après », le rituel de la bise pour nouer le contact, pourrait bien se voir sacrifié sur l’autel de la sécurité sanitaire.

Nelly BÉTAILLE - 16 mai 2020
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Exit la tournée générale de bises dans l’open space chaque matin ? Sécurité sanitaire oblige, 72 % des Français déclarent qu’ils n’embrasseront pas leurs collègues à leur retour au travail après le confinement, selon un sondage mené par la plateforme d’intérim Qapa mi-avril. Les 34 % déjà réfractaires aux embrassades avant l’épidémie du coronavirus seront rejoints par 38 % de leurs collègues (44 % chez les femmes contre 32 % chez les hommes). Ce rituel codifié qui nous vient de l’Antiquité va-t-il disparaître de nos habitudes sociales, comme ce fut le cas au XIVe siècle après les grandes épidémies de peste, pour mieux réapparaître après le premier conflit mondial et s’épanouir en 1968 avant d’être érigé en quasi règle d’or des relations sociales dans les années 1980 ? 

NOUVEAUX MODÈLES À INVENTER

Si, selon le sociologue américain Irving Goffman, « les rituels jouent un rôle clé dans le désir d’intégration et la cohésion du groupe », la bise chez les occidentaux et particulièrement en France constituait aussi une manière de briser la distance… « Il arrive qu’un collègue à qui l’on tend la main réplique en tendant la joue. Si on l’embrasse, le rituel est alors installé », observe dans « L’Express » le sociologue et anthropologue David Le Breton, auteur de plusieurs ouvrages et études sur la place du corps dans la société. Alors que, selon lui, « c’est bien dans l’air du temps de voir le corps de l’autre comme menaçant », saurons-nous inventer de nouveaux modèles pour entrer en contact dans une société où le lien social risque de devenir de plus en plus aseptisé ?