TRIBUNE

“Les Hirondelles de Kaboul” de Zabou Breitman

Drame politique sur la terreur en Afghanistan sous l’occupation des talibans, ce film d’animation puissant décrypte comment l’envie de résistance peut être mise à mal par le poison de l’intolérance.

Pascal LE DUFF et N. B. - 14 septembre 2019
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Été 1998. Kaboul est en ruines. Deux couples vivent sous le joug des talibans. Mohsen et Zunaira, hostiles aux oppresseurs, s’aiment profondément. Atiq est le geôlier de femmes condamnées à la lapidation. Son épouse, Mussarat, est atteinte d’un cancer en phase terminale… Zabou Breitman a réalisé avec l’animatrice Eléa Gobbé-Mévellec cette mise en images du best-seller de Yasmina Khadra, dénonçant les ravages de l’obscurantisme. « Il nous a laissé une entière liberté. Il aimait l’idée qu’on s’empare de son histoire pour en inventer une autre. J’ai développé le questionnement de Mohsen et Zunaira : doivent-ils quitter Kaboul ou rester pour préparer l’avenir ? Zunaira est professeur de dessin et continue de dessiner. Je trouvais ça beau que l’héroïne d’un film d’animation se dessine elle-même. Sachant que la représentation de l’être humain est interdite chez les talibans, en faire un dessin animé, c’était le comble. Mais, qu’elle se dessine, et nue, c’était encore mieux », confie Zabou Breitman.

PERDRE SON HUMANITÉ

Ne pas tout céder au mal guide leurs vies, mais aucun acte de rébellion n’est aisé lorsque la mort est si proche avec les représentants armés des occupants, secondés par leurs espions zélés. Perdre son humanité est d’ailleurs vivement encouragé. « Il faut rendre au roman ses deux idées
majeures assez incroyables. D’abord, le fait que, sans raison, sans explication psychologique, Mohsen participe à la lapidation d’une femme. Il ramasse un caillou et le lance. D’un geste, c’est la fin de son monde et de son humanité ». Ce long-métrage au discours sans détour, présenté au Festival de Cannes dans la section « Un Certain Regard » et récompensé au Festival d’Angoulême, est porté par les voix précises de Simon Abkarian et Hiam Abbass pour les personnages du gardien de prison et de sa femme, Swann Arlaud et Zita Hanrot pour le couple en devenir. « C’était plus qu’un enregistrement : les acteurs étaient habillés, on avait les tchadris, les turbans, et même les kalachnikovs ! ».
Même si les qualités de cette captation d’une réalité historique terrible sont parfois amoindries par des effets mélodramatiques… Un film nécessaire.

« Les Hirondelles de Kaboul »

Un film de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, avec Simon Abkarian, Zita Hanrot, Swann Arlaud